En 2019, j'ai quitté la France pour m'installer au Sénégal. Je n'appelais pas vraiment ça « rentrer au pays », puisque je n'y avais pas grandi. Mais j'ai accompagné, depuis, énormément de personnes pour qui c'était exactement cela : un retour, parfois après dix, vingt, trente ans à l'étranger. Et j'ai appris, en les écoutant, que ce retour est un vrai projet de vie, avec ses propres questions, bien différentes de celles d'un simple déménagement.
Rentrer n'est pas revenir en arrière
La première chose que je dis toujours aux personnes qui envisagent ce retour, c'est ceci : vous ne rentrez pas dans le pays que vous avez quitté. Vous rentrez dans un pays qui a continué à vivre, à changer, pendant votre absence. Et vous, de votre côté, vous n'êtes plus tout à fait la même personne non plus. Accepter cela dès le départ évite beaucoup de déceptions. Ce n'est pas un retour en arrière, c'est un nouveau chapitre, qui s'écrit avec ce que vous êtes devenu entre-temps.
Préparer le terrain avant de préparer les valises
Un retour réussi se prépare rarement à la dernière minute. Dans mon expérience, les retours les plus sereins sont ceux où plusieurs choses ont été anticipées, souvent plusieurs mois, parfois plusieurs années à l'avance :
Le logement. Avoir un point de chute clair avant d'arriver, plutôt que de chercher dans l'urgence en arrivant. Que ce soit un bien déjà acquis, loué à l'avance, ou chez de la famille le temps de s'organiser, savoir où on pose ses valises change beaucoup de choses sur l'état d'esprit des premières semaines.
Le projet professionnel ou entrepreneurial. Rentrer sans perspective concrète d'activité est souvent la source de beaucoup d'anxiété. Cela ne veut pas dire qu'il faut tout avoir bouclé avant de partir, mais avoir au moins une direction claire, des premiers contacts, une idée réaliste de ce que vous allez faire les premiers mois, fait une vraie différence.
Le volet administratif. Papiers, transferts, démarches diverses : ce sont rarement des choses compliquées en elles-mêmes, mais elles prennent du temps, et ce temps est toujours sous-estimé. Mieux vaut commencer trop tôt que trop tard.
Le choc du retour, on en parle trop peu
On parle beaucoup du choc culturel de celui qui part. On parle beaucoup moins de celui qui rentre, et pourtant il existe vraiment. Retrouver ses proches, mais avec des rythmes de vie différents. Retrouver son pays, mais avec un regard qui a changé. Se sentir, parfois, entre deux mondes, ni tout à fait d'ici, ni tout à fait de là-bas. C'est une expérience courante, et il n'y a rien d'anormal à la traverser.
Ce qui aide, dans ce que j'ai pu observer, c'est de se donner du temps. Ne pas attendre de se sentir « à sa place » dès la première semaine. Se reconnecter progressivement, à son rythme, plutôt que de vouloir tout retrouver d'un coup. Et surtout, garder autour de soi quelques personnes, sur place, à qui on peut parler de cette expérience sans avoir à tout justifier.
Penser aussi à ceux qui rentrent avec vous
Si vous rentrez en famille, avec un conjoint ou des enfants, ce projet n'est pas seulement le vôtre. Chacun vit ce déracinement, puis ce retour, à sa manière et à son rythme. Un enfant qui change d'école et d'environnement social, un conjoint qui quitte lui aussi sa propre vie construite ailleurs : ce sont des adaptations qui méritent d'être discutées ouvertement, avant le départ, plutôt que découvertes en cours de route. Les retours les plus harmonieux sont souvent ceux où toute la famille a été partie prenante de la décision, et pas seulement destinataire d'une décision déjà prise.
Construire une communauté, pas seulement un logement
C'est une des choses que j'ai le plus observées : les retours les plus heureux ne sont pas seulement une question de maison ou de business. Ce sont ceux où la personne a pris le temps de retisser, ou de tisser, un vrai réseau autour d'elle. Voisins, amis, autres personnes de la diaspora revenues avant vous : ce sont ces liens-là qui transforment un déménagement en un vrai retour à la maison.
C'est aussi pour cette raison que je crois beaucoup à l'idée de communauté, au-delà des projets individuels. Rentrer au pays est plus léger quand on ne le fait pas seul, quand on peut échanger avec d'autres qui ont vécu, ou vivent, le même chemin.
Si vous envisagez ce retour, sachez que ce n'est ni une utopie, ni un pari risqué. C'est un projet, comme un autre, qui se prépare avec méthode et qui se vit avec patience. Et de l'autre côté, il y a souvent exactement ce que vous êtes venu chercher.
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